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Cee-Lo Green Is The Soul Machine
La musique est une introspection. Elle n’est ni force, ni esprit, elle existe par le sentiment qu’elle inspire. C’est à travers nos sentiments que la musique vit. Elle matérialise notre sensibilité et peut-être même un peu plus, elle se matérialise en chacun d’entre nous, en nous faisant vibrer, en nous faisant adhérer à un rythme, en exprimant au fond de nous ce qui par essence ne se définit pas.
J’aime à trouver dans ces quelques phrases la raison de la diversité des goûts musicaux, de l’attirance pour telle ou telle sonorité, ou encore de la profondeur que l’on accorde à certains artistes et pas à d’autres... Bien sûr, tout cela en faisant fi de toute une série de paramètres socioculturels qui sont bien évidemment d’un poids conséquent dans ce que l’on pourrait appeler le conditionnement de l’oreille musicale, et la construction d’une sensibilité propre à chacun.
Ma sensibilité a une couleur mais plusieurs voix. Elle a ses repères, qui aiment parfois être bousculés, perturbés, interrogés. Alors tout comme je vous présente des références qui ne sont plus vraiment de première fraîcheur, je m’attellerai à introduire des artistes qui bousculent un peu les normes, qui ouvrent de nouveaux horizons et qui permettent à la musique de se décloisonner et qui font qu’au moment de choisir le style de l’artiste, on réfléchit et on se rend compte qu’on ne parvient pas à la parquer tranquillement dans un champ musical. Bon, cela va sans dire je n’irai pas jusqu’à vous présenter les nouveautés de rap bulgare sur des instrumentales de polka endiablées, ces artistes font partie du paysage, vous en avez d’ailleurs sûrement entendu parlé, ne serait-ce qu’une fois, et malheureusement vous ne les connaissez pas assez. Alors faisons ensemble un bon vers ces contrées musicales pas assez explorées et ouvrons bien les oreilles, le reste importe peu (gardez quand même les yeux ouverts jusqu’à la fin de l’article...).
Cee-Lo Green de la folie au génie...
Cee-Lo Green de son vrai nom Thomas DeCarlo Callaway est né un 30 Mai de l’année 1976 dans la charmante ville de Savannah en Géorgie. Petite parenthèse géographique, la principale ville de cet état sudiste est Atlanta, je tiens juste à le souligner car cela aura son importance un peu plus tard. Cee-Lo fait ses premières armes à l’église du village avant de débuter une carrière musicale à l’âge de 20ans, cependant il refuse lui même de se décrire comme un artiste, mais plutôt comme un touche à tout. En effet, Cee-Lo est incontestablement un homme de projet, un original qui se laisse guider au fil des opportunités et des diverses illuminations.
Marqué par le hip-hop, la soul, le gospel et des touches de rythm & blues, Cee-Lo a à coeur de semer la confusion sur son parcours musical et se construit une identité musicale qui fait de lui un artiste inclassable.
La carrière musicale de Cee-Lo commence avec le groupe Goodie Mob composé des rappeurs Big Gipp, T-Mo et Khujo, au sein duquel il montre ses capacités vocales hors du commun (écouter “The Damn” sur Still Standing: aussi bien rappeur que chanteur il balaie l’étendue des possibles et bouscule certaines conventions. En 1995, avec l’album Soul Food les Goodie Mobb affirme une identité sudiste marquée par des basses lourdes et des rythmiques très énergiques. Pionniers avec le groupe Outkast (d’Atlanta pour ceux qui suivent toujours) dans ce que l’on appellera un peu plus tard le dirty south et qui sature nos ondes depuis déjà quelques années. Au cours des cinq années de performance du groupe ils produiront trois opus, Still Standing fit suite à Soul Food, et la dernière contribution s’intitule World Party.
C’est lors de la préparation de World Party que Cee-Lo décidera de quitter le groupe afin de se consacrer à une carrière solo, laissant derrière lui des titres inoubliables tels que “Cell Therapy”, “Soul Food” ou encore “Black Ice” sur lesquels Cee-Lo assure les refrains et quelques couplets. Après la séparation du groupe, Goodie Mobb se réunira sans Cee-Lo pour One Monkey Don’t Stop No Show, disque qui soufflera sur les braises encore chaudes d’une rupture mal digérée par les forces en présence. Cependant, les Goodie Mobb se défendront d’avoir voulu offenser Cee-Lo, c’est l’industrie entière qui était visée et notamment la grande maison de disque Arista.
Cavalier seul
Arista, parlons-en. Nous sommes en 2000, Outkast vient d’exploser les charts avec Stankonia album sur lequel figure l’immortelle Ms Jackson (et ses chats qui chantent...) et agite devant l’industrie du disque le drapeau d’Atlanta centre de toutes les attentions musicales. Dans le même temps, la soul retrouve un nouveau souffle porté par Alicia Keys, Jill Scott et Macy Gray.
Toujours à l’affût d’une opportunité de s’en mettre plein les poches, de faire émerger de nouveaux talents, le patron d’Arista (L.A Reid) décide de lancer la carrière solo de Cee-Lo en lui permettant de produire son premier album: “Cee-Lo And His Perfect Imperfections” en 2002. A la surprise générale cet album ne sonne absolument pas comme tout ce qu’il avait pu faire jusqu’à présent: il ouvre une nouvelle voie, à mi chemin entre les sonorités contemporaines (Outkast...) et des sonorités bien plus classiques de la soul et du gospel. “Cee-Lo And His Perfect Imperfections” renverse les idées pré-conçues et apporte une contribution très particulière à une industrie du disque qui semble parfois cruellement manquer de créativité et fort logiquement ne rencontre pas le succès qu’on aurait pu lui prédire... trop novateur dirons certains, le public n’est pas prêt. Et malgré une très bonne promotion et un single renversant “Closet Freak” produit par Timbaland (qui était certes à cette époque un peu au creux de la vague) les ventes n’atteindront jamais les attentes.
Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous la vidéo de ce titre qui révèle un peu la folie du personnage mais aussi tout son charme:
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Cet album est d’une incroyable richesse musicale et je vous recommande très chaleureusement le “El Dorado Sunrise” (Super Chicken)”, et je vous laisse vagabonder entre les thématiques explorées par l’artiste, parfois profondes, parfois légères mais toujours d’une musicalité déconcertante. Capable de se promener dans le domaine du gospel de sa voix légère et rugueuse il bascule aussi rapidement dans un rap endiablé, écorché, envoûtant...
Loin de manquer d’inspiration (et d’amis), Cee-Lo récidive deux ans plus tard avec “Cee-Lo Green Is The Soul Machine”, album sur lequel figure des invités de renoms aussi bien producteurs qu’artistes. Cet album s’inscrit dans la continuité du premier soutenu par des valeurs sûres (permettant un meilleur succès commercial): Timbaland, Jazze Pha, Pharrell, Ludacris, T.I. On retiendra que malgré les nombreuses collaborations cela reste un album 100% Cee-Lo Green... j’y reviendrai un peu plus tard.
Consécration
C’est en 2006 que la carrière de Cee-Lo Green va connaître son plus grand tournant, au travers du projet Gnarls Barkley. En 1998, Cee-Lo Green rencontre Danger Mouse au cours d’un événement musical, suite à cette rencontre Danger Mouse (qui rappelons le a été est responsable du “Grey Album” mais aussi de quelques productions pour Gorillaz) laisse à Cee-Lo un petit échantillon musical de son travail et lui demande de l’appeler si un jour il est intéressé par un éventuelle coopération. Ils ne seront contacteront jamais jusqu’à ce que Cee-Lo soit contacté pour apparaître sur le remix du titre “What U Sittin’ On?” de Danger Mouse. C’est alors que commence le projet Gnarls Barkley entre les deux artistes qui verra la création d’un album commun “St. Elsewhere” et son tube intergalactique “Crazy”.
Tournant artistique, parce que posé sur d’inamovibles bases, Cee-Lo s’aventure sur des thématiques perturbantes qui feront de Gnarls Barkley le projet le plus musicalement abouti de l’année 2006 dans le domaine (le décès de sa mère l’ayant plongé dans une profonde dépression dont les séquelles s’expriment très clairement dans les lyrics de l’album).
Cee-Lo Green Is The Soul Machine:
Deuxième opus solo (et dernier en date) de l’artiste édité en 2004 chez Arista, Cee-Lo Green is The Soul Machine vient confirmer l’inégalable talent vocal de l’artiste mais aussi ses qualités de producteurs. Les producteurs parlons-en rapidement, on retrouve dans l’armada: Timbaland, Jazze Pha et Pharrell... aucun des trois n’est à présenter, ils font référence dans le domaine et apporte leur notoriété au service d’un album de qualité. Mais les meilleurs des trois restant... Cee-Lo lui même. Je ne suis pas vraiment enthousiaste à l’idée d’écouter un album qui regorge de participation extérieur, j’ai la sensation que l’artiste cherche à compenser un manque par une présence de stars (un peu trop présentes parfois). Ajoutons à la liste des présents les rappeurs T.I, Ludacris, et Goodie Mob. Le menu est riche, reste à savoir ce que l’on a dans l’assiette.
L’emballage est une incitation au voyage. Sobre et légère, un fond de ciel bleu, des lunettes dans lesquelles se reflètent les multiples personnalités de Cee-Lo. Embarquons tout ensemble vers un voyage musical dont nous ne reviendrons pas indemne.
L’introduction est brève, touchante, et d’un narcissisme propre à Cee-Lo. Petit entretien entre le fils et son père autoproclamé “The Soul Machine”. Pas de répit, Cee-Lo dans une atmosphère gospel vient défendre son titre à grand renfort de lyrics dynamite et d’un choeur à vous renverser de votre fauteuil. Le ton est donné, Cee-Lo vous délivre une énergie brute, positive et inédite, vous n’avez plus rien à faire, il est au commande. Chaque titre est une surprise. Vous pensez cerner le personnage, chaque titre vous rappelle sa créativité et sa puissance vocale.
Arrivent assez rapidement les fruits des collaborations, celle produite par Pharrell Williams (des Neptunes) est un petit bijou. Loin de se laisser embarquer dans un univers qui ne lui correspond pas, Cee-Lo impose son style, ses paroles, ses rythmiques. Mention spéciale à “The Art of Noise”, avec son final en scat (génial), son texte poignant “And I Sing Because I’M Happy, and I Sing Because I’m Free”. On en redemande.
L’album avance à un rythme démentiel, et il n’y a pas d’autre choix que de se laisser porter. C’est alors, qu’arrive le titre phare de cet album “I’ll Be Around” produit par l’incontournable Timbaland (qui semble avoir perçu l’essence du personnage). Ce titre n’est autre qu’un “Closet Freak” bis, le retour des cuivres, des percussions si spécifiques au producteur, et une complicité indéniable entre les deux artistes.
La présence des cuivres apporte à cet album une touche très soul, et pourtant les rythmiques y sont parfois hip-hop, rythm & blues, inclassable. Comme tout album soul qui se respecte le thème de l’amour est présent mais pas récurrent, “The One”, “I’ll Be Around”, “My Kind Of People”. On surprend Cee-Lo à chanter, rapper, assurer lui même les choeurs, il est partout et à chaque fois d’une manière différente. La perle est cependant à chercher un peu plus loin. Les cuivres sont là, les percussions feutrées et la basse funky se fait discrète, “All Day Love Affair” est une merveille. De celle que l’on écoute le matin au réveil pour être à coup sûr de bonne humeur, où que l’on écoute pour se rappeler simplement à quel point la vie est délicieuse. Ce morceau ne s’écoute pas, il se savoure du bout des oreilles. Chaque ingrédient est instillé dans une quantité qui frise la perfection, l’harmonie et l’alchimie. Cee-Lo n’est pas en reste, en démontrant que entre tous ses talents, le plus développé est sûrement l’art de la soul, crooner, séducteur... Ambiance que l’on retrouve dans le dynamique “When We Were Friends”, un pur hymne à la musique. Finalement, c’est sur “Let’s Stay Together”, qui n’est pas sans nous rappeler le titre du très grand Al Green, que Cee-Lo nous livre encore une facette de sa recette soul. Sensuelle, riche et touchante. Avec l’aide de Pharrell, à la production et sur le refrain, on se laisse envahir par la voix pénétrante et une rythmique qui nous ramène dans le Memphis des années 70. Nous sommes ici et là, dans cette ambiance neo-soul réinventée, et nous assistons impuissant à cette démonstration de sensualité (d’érotisme?) qui ne laissera personne indifférent (“Die Trying”).
Le hip-hop n’est jamais loin, mais pas forcément comme on l’attend. En effet, Cee-Lo nous propose un rap d’un autre monde, et dans son jardin d’enfants, les autres sont bien obligés de s’adapter. Ludacris accompagne avec aisance un Cee-Lo déchaîné sur “Child Playz”. On le retrouve omniprésent sur une instrumentale psychédélique presque exclusivement composé de basses et de xylophones. Arrive le couplet de Ludacris et il donne l’impression de calmer la donne, avant que Cee-Lo reprenne les choses en main et nous envoie un dernier couplet stratosphérique. Mais à Luda d’être passé...
Il y a de ces morceaux sans équivalent. L’album en est truffé. Cee-Lo multiplie les références. “Selling Soul” commence comme un classique funk, l’instrumental nous replonge dans les péripéties de Shaft alors que Cee-Lo ne chante ni rappe mais parle. Succède la deuxième partie, dépouillée, riche en texte, presque lugubre. En quelques minutes il jette un certain malaise. L’auditeur est perdu, où allons-nous donc?
Cee-Lo Green nous livre son univers, ses personnalités, parfois joyeuse, lugubre, complexe. Un deuxième partie du disque est consacrée à des titres que l’on peut relier à la partie Goodie Mob, celle d’un hip-hop du sudiste musclé et énergique. “Evening News”, “Glockappella”, “Scrap Metal” sont là pour nous rappeler que du chemin a été parcouru mais que l’artiste reste fidèle à ses valeurs.
La dernière piste file, et la première chose que l’on souhaite c’est appuyer de nouveau sur la touche “Lecture”. Le plat est riche, le plaisir est intense, la gourmandise est de guise. On veut être sûr de ne pas en perdre une miette. Cee-Lo Green, homme élastique, nous a envoûté, touché, ému, bouleversé... Quelques soient les sentiments qui vous ont traversé, vous n’aurez qu’une envie, en savourer encore et encore.
Tribute To Marvin Gaye
Cet article me tient particulièrement à coeur dans la mesure où il concerne un artiste qui me fascine. Il me fascine pour de nombreuses raisons, par sa complexité car au travers de sa musique il a essayé de dévoiler toutes ses facettes même les plus torturées, par son engagement en se battant contre les inégalités sociales, mais aussi par son pouvoir presque surnaturel sur les représentantes de la gent féminine (écoutez la version live de « Distant Lover » et vous comprendrez). Il est difficile de comprendre le travail de Marvin Gaye si l’on ne connaît pas sa vie…
Marvin Gaye
Artiste mondialement connu grâce à son titre « Sexual Healing » l’ensemble de son œuvre reste pourtant méconnu du grand public. C’est la raison pour laquelle j’ai ce mois-ci décidé de dédier ma rubrique à cet immense artiste qu’est Marvin Gaye.
Marvin Gaye est l’un des artistes les plus talentueux, visionnaires jamais lancés par la Motown (label noir américain ayant lancé des artistes comme les Jackson 5, Diana Ross, Stevie Wonder, Boyz II Men..). Marvin Gaye est l’un des artistes qui a participé à l’évolution de la musique noire américaine, musicalement mais aussi politiquement. Ambassadeur d’un R&B plutôt propre sur lui mais très intense, il a ensuite évolué en chanteur de Soul music sophistiquée et profondément impliquée politiquement, livrant dans chaque chanson une partie de lui-même. Son travail n’a pas seulement redéfini la soul music en tant que puissance créatrice mais aussi étendue son impact en tant qu’acteur d’un changement social.
Marvin Pentz Gay, Junior (à l’instar de son héro Sam Cooke, Marvin a ajouté un « e » à la fin de son nom de scène) est né le 2 Avril 1939 à Washington, D.C. Le deuxième des trois enfants de la famille du révérend Marvin Gay Senior, qui officiait dans la « Maison de Dieu », une secte chrétienne très conservatrice qui mêlait des éléments de l’orthodoxie, du judaïsme et qui imposait un code de conduite très stricte à ses adeptes puisque les vacances étaient interdites. Le jeune Marvin commença à chanter à l’âge de trois ans à l’église, et devint rapidement le soliste du chœur. Plus tard il se mit au piano et à la batterie, et la musique devint l’échappatoire des cauchemars quotidiens que lui faisaient endurer son père qui le battit durant toute son enfance.
Après avoir obtenu son baccalauréat, Gaye s’enrôla dans l’US Air Force ; et à la fin de son temps de service retourna à Washington et commença à chanter dans des groupes de plus ou moins bon niveau, occasionnellement il se joignit au « Rainbows » qui semblaient rencontrer un succès local assez important. Avec l’aide de leur mentor Bo Diddley,, les Rainbows sortirent un single sur le petit label Okeh, ce qui leur permit d’attirer l’attention de chanteur Harvey Fuqua, qui en 1958 recruta le groupe pour assurer les backgrounds vocaux de son prochain album, les « Rainbows » devinrent les « Moonglows ». Après avoir déménagé sur Chicago, les Moonglows enregistrèrent quelques titres pour « Chess », inclua le superbe « Mama Loocie » en 1959. Lors d’une tournée dans le MidWest des Etats-Unis, le groupe se produisit à Detroit où Marvin Gaye l’élégant ténor et ses trois octaves vocaux gagna l’intérêt de Berry Gordy Jr qui le signa à la Motown en 1961.
Il débuta sa carrière à la Motown en devenant le batteur occasionnel de Smokey Robinson & The Miracles, LA star de la motown de ce début des années 60. A l’occasion d’une session d’enregistrement il fit la connaissance de la sœur de Gordy, Anna qu’il épousa en fin d’année 61. Essayant de lancer sa carrière solo, Marvin Gaye travailla énormément pour trouver sa voix et plusieurs titres furent de cuisants échecs. Finalement c’est à la quatrième tentative qu’il parvint à se faire remarquer avec le titre « Stubborn Kind Of Fellow » en 1962. Le succès arriva en 1963 avec « Hitch Hike » et surtout « Can I Get A Witness » qui reste comme le premier grand tube de Marvin Gaye, se classa dans le Top 30. Il enchaîna la même année avec « Pride and Joy », qui se placa dans le Top 10. Gaye se vit endosser le rôle de chanteur R&B policé, et son désir était de devenir un crooner délivrant de suaves et romantiques ballades, allant à contre courant de la politique de la Motown qui n’avait pour priorité de classer ses artistes dans les sharts. Et cette bataille entre les exigences de la Motown et ses désirs artistiques allait continuer de la tirailler pendant encore de nombreuses années.
Avec « Together » (1964), une compilation de titres en duo avec la chanteuse Mary Wells, Gaye sortit son premier album à succès puisqu’il fût classé dans les sharts, cet album contenant quelques perles « Once Upon A Time », et « What’s The Matter With You, Baby ? » qui rencontrèrent un vif succès. Mais poussé par le désir de donner à sa carrière solo un élan significatif, Gaye continua d’enregistrer des titres dont « Ain’t That Peculiar », « I’ll Be Doggone » et « How Sweet It Is » qui se classèrent de le Top Ten dès leur sortie en 1964 et restent des classiques de l’artiste. Au total, au cours de l’année 1965 il plaça 39 de ses titres dans le très « select » Top 40 de la Motown, et beaucoup de ces titres avaient été écrits et arrangés par ses soins. Avec Kim Weston, le deuxième de ses plus importants partenaires vocaux il signa « It Takes Two », un titre dont la profondeur n’a d’égal que la pureté de la voix de cet artiste hors du commun.
Quoiqu’il en soit ses plus beaux duos furent enregistrés avec Tammi Terrell, avec laquelle il signa une grande série de hits tels que « Ain’t No Mountain High Enough », « Your Precious Love » suivi en 1968 de « Ain’t Nothing Like The Real Thing » et « You’re All I Need To Get By » (tous présents sur le Best Of de l’artiste sorti en 2002). Mais cette combinaison magique connut une fin tragique puisque en 1967 lors d’un concert en Virginie, Tammi s’effondra dans les bras de Marvin Gaye. Atteint d’une tumeur au cerveau, elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière et s’éteignit le 16 Mars 1970. Sa maladie et sa disparition affectèrent profondément Marvin Gaye qui renoua avec le succès en 1968 avec l’un des plus beaux titres qu’il n’ait jamais chanté « I Heard It Through The Grapevine ».
En même temps, Marvin Gaye fut confronté à de nombreux problèmes personnels notamment son mariage qui peu à peu sombrait. Il trouvait aussi que les exigences de la Motown était de plus en plus déphasées par rapport à la réalité des changements que connaissait la nation depuis quelques années. C’est la raison pour laquelle après avoir émis « Too Busy Thinking About My Baby » et « That’s The Way Love Is », il sortit volontairement du système pendant l’année 1970. Il refit surface en 1971 avec l’album autoproduit « What’s Going On ? » , qui abordait des sujets profonds et venait musicalement trancher avec ce que Marvin Gaye avait pu faire jusqu’à présent. Cet album changea à jamais la face de la musique noire américaine. Musicalement il donna aux percussions une grande importance en laissant la part belle à des compositions très jazzy, ce qui produisait un son remarquablement fluide et très « soulful ». « What’s Going ? » est la pièce maîtresse de l’œuvre de Marvin Gaye, qui dévoila les croyances les plus profondes de l’artistes et reste un témoignage poignant de l’engagement politique de l’artiste contre la pauvreté, la discrimination, la consommation de drogue, la corruption des hommes politiques (alors que nous sommes en pleine Guerre Froide…). L’un de ses titres phares concernent la guerre du Vietnam, dans lequel il adopte, sous la forme d’un témoignage, le point de vue de son frère Frankie lui-même soldat récemment revenu du front. L’ambition et la complexité de « What’s Going On ? » mirent une claque à Berry Gordy qui initialement avait refusé de diffuser l’album ; et il finit par céder bien qu’il reconnut ne pas comprendre le sens de cet album ( ???). Gaye jubila lorsque le titre « What’s Going On » extrait de l’album de même nom vint se classer deuxième des sharts de l’année 1971, suivit la même année de « Mercy Mercy Me (The Ecology) » et « Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) ». Le succès de cet album permit à Gaye de garder le contrôle de son travail sur les albums suivants et permit à d’autres artistes de la Motown d’obtenir plus de libertés artistiquement, ou alors comme Stevie Wonder de prendre le contrôle de leur avenir musical. C’est ainsi que 1972, Gaye changea encore de direction acceptant de tourner le policier (purement blaxploitation) « Trouble Man ». Le bande original de ce film fût axée sur un effort instrumental plus que vocal, révélant l’intérêt croissant de l’artiste pour le jazz.
L’érotisme de son œuvre atteint son paroxysme en 1973 dans l’album on ne peut plus explicite « Let’s Get It On », un des plus albums les plus chargés en connotations sexuelles jamais enregistré par l’artiste jusqu’à présent. Cet album est un intense travail de luxure et de désir, et il devint l’album qui rencontra le plus grand succès commercial de toute sa carrière. « Let’s Get It On » marqua également un autre changement dans l’évolution des textes de Marvin Gaye, passant de son intense engagement politique à des textes profondément personnels souvent introspectifs. Après avoir travaillé avec Diana Ross pour une série de duo en 1973, il se concentra ses efforts sur un nouvel album solo « I Want You » (popularisé sur l’album du chanteur R&B Montell Jordan dans son album « Let’s Ride »). La sortie de cet album dut être repoussé à cause de la procédure de divorce engagée par sa femme au cours de l’année 1975. La dissolution du mariage plongea Marvin Gaye dans une spirale infernale, et il passa la plus grande partie de son temps au tribunal au cours des années 70. Pour palier l’absence de Marvin des studios, la Motown sortit un album Live en 1977, qui lança le très disco (et purement commercial) titre « Got To Give It Up » (repris avec succès par Aaliyah sur son album « One In A Million »).
Le jugement de la cours contraignit Gaye à payer des substantifiques indemnités à sa femme, ce qui l’obligea à sortir un nouvel album dont toutes les royalties seraient reversées à son ex femme. En 1978 il sortit donc un double album intitulé « Here » et « My Dear » qui abordaient tous les deux sa tumultueuse relation de couple, à tel point que son ex femme estima que ces albums représentaient une entrave à se vie privée (c’est dire…). En temps, Marvin se remaria et commença l’écriture d’un nouvel album « Lover Man », mais se projet échoua. En effet le single « Ego Tripping Out » (qui fut le titre le plus personnel de Marvin dans lequel il livrait les deux parties de lui-même : l’aspect spirituel et l’apect sexuel) reçut un accueil très froid de la part du public ce qui provoqua l’annulation de l’album. Ses problèmes de drogue grandissant, son mariage avec sa nouvelle femme Janis commença à battre de l’aile, il déménagea alors à Hawaii dans l’attente de se sortir de ses affaires personnelles.
En 1981, ses difficultés financières persistant, et la pression du fisc américain se faisant de plus en plus pesante, Gaye s’exile en Europe où il commence à travailler sur l’ambitieux projet « In Our Lifetime » qui est une profonde réflexion philosophique, ce projet attise les tensions en Gaye et la Motown déjà exacerbées par l’édition par la fameuse major d’un album de remixes de l’artiste sans son consentement. De plus, Gaye fait souligner que ces remixes altèrent nettement la qualité de son travail, et ne sont qu’une parodie de sa propre musique. Par conséquent il file chez l’ennemi… c'est-à-dire Columbia en 1982, bien que son comportement soit du plus en plus erratique, il continue de se battre contre sa dépendance à la cocaïne et fait un retour triomphant grâce à l’album « Midnight Love », et s’assure les grâces du public en signant le superbe « Sexual Healing ». Ce titre permit à Marvin Gaye de revenir sur le devant de la scène, et en 1983 il se réconcilia avec Berry Gordy en apparaissant à un show télévisé célébrant l’anniversaire de la Motown. La même année, il interpréta l’hymne national américain lors du All Star Game (match de Gala regroupant les meilleurs joueurs de la ligue de basketball américain), cette interprétation de « Star Spangled Banner » fût sûrement l’une des plus controversées mais aussi légendaires que l’on n’est jamais eu à entendre. Cette apparition scénique fut la dernière de Marvin Gaye.
En effet, les lumières de la scène, et son retour à la popularité le firent replonger dans la cocaïne ; et finalement ses démons le contraindrent à refouler le sol américain, où il emménagea au domicile de ses parents afin de reprendre le contrôle de sa vie. Tragiquement, son retour à la maison ne fit qu’exacerber cette spirale qui le plongea dans une grave dépression, et Gaye menaça de se suicider à de nombreuses reprises. Finalement, le 1er Avril 1984 la veille de son 45e anniversaire, une violente querelle éclata entre son père et lui, et suite à cette altercation Marvin Gaye Senior abattit son fils d’un coup de fusil. La mort de l’artiste provoqua instantanément une réévaluation de son travail, et le grand public redécouvrit avec plaisir l’album « What’s Going On ? », qui reste l’un des albums les plus marquants de la Soul / R&B moderne. C’est en 1987 qu’il entra au « Hall Of Fame » des stars de la musique, il avait ainsi gagné sa place au panthéon auprès de plus grands.